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Rastignac des hautes terres

Parti à l'aube du domaine familial de Pesseplane, Etienne marchait pieds nus ,il allait par routes et chemins ses chaussures autour du cou, liées entre elles par les lacets.

Il était prêt à les enfiler à toute vitesse si par hasard il rencontrait quelqu'un .

D'un pas alerte, il descendait vers la plaine .

A la nuit tombée, il s'était abrité dans une cabane de charbonnier. Roulé en boule dans sa "blode" il repassait les événements de ce premier jour d'itinérance.

Il revoyait les sentiers cheminant à travers les vertes collines vallonnées qui l'avaient conduit à La Salvetat .

Dans l'église, il n'avait pas manqué de brûler un cierge en l'honneur d'Etienne, saint patron de la ville.

En coupant à travers bois, il avait rapidement atteint Fraisse (qu'il avait traversé chaussures aux pieds). Il n'avait pas tourné à Coustorgues où vivait un cousin éloigné qui avait "manqué" la famille.

Eviter le village de ce malotru lui avait coûté quelques heures de marche supplémentaires mais l'honneur de la famille voulait qu'on ne rencontre pas ce renégat.

Etienne était un homme jeune,dans la force de l'âge. Ce paysan des hautes terres, infatigable, dur au mal, sûr de lui et de son destin n'avait pas fréquenté l'école mais son père, François lui avait appris la lecture.

Au bout de deux ans il déchiffrait et ânonnait les évangiles sur le missel familial . Bien plus tard alors qu'il était jeune homme, il s'était passionné pour l'Odyssée : livre relique dont on ignorait la provenance et qui trônait sur le buffet de la salle à manger .

La nuit suivante, il avait égayé le quotidien du cousin Claret seul habitant du hameau d'Héric, lui donnant des nouvelles de la famille: Il avait évoqué avec émotion sa femme Louise et ses filles Marguerite et Thérèse restées à la ferme sous la protection de son frère aîné , Ulysse, l'héritier de Pesseplane.

Pour son troisième jour de marche , il avait descendu la vallée de l'Orb, passé le col de la Vernède pour dormir près du Foulon, nuit agitée car la destination était proche.

Demain, à Cazouls, il chercherait le Gleyzou,un gavach de Condax devenu depuis quelques années ramonet au domaine de Montmajou .

Vers midi, alors qu'il cheminait depuis quatre jours, il arriva en haut de la côte du Rougeas d'où il voyait l'énorme bourg recroquevillé autour de son clocher.

Il savait que dorénavant sa vie se déroulerait ici, qu'il vivrait dans ce village avec sa famille et qu'il y ferait fortune.

C'était il y a bien longtemps ... avant la grande guerre.

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